Une rencontre très riche entre les élus de Nantes Métropole et les membres du Conseil de Développement !
Des échanges passionnants ont eu lieu le vendredi 9 décembre 2011 entre les membres du Conseil de Développement de Nantes Métropole, qui ont présenté l’état de leurs réflexions pour le nouveau projet métropolitain, et les élus communautaires. Une occasion, à l’invitation du Président de cette instance consultative de citoyens de l’agglomération, Philippe Audic, et en présence du Président de Nantes Métropole, Jean-Marc Ayrault, et du Vice-Président en charge de la Proximité, des Relations avec les usagers et du Dialogue citoyen, Fabrice Roussel, de s’arrêter sur une dizaine de problématiques fortes pour le devenir de notre territoire. Messieurs Jouvet, Favre, Mesnard, Moussion, Biche, Montel, Davias, Cordier, de La Gatinais ont notamment tour à tour abordé l'économie, l’aménagement du territoire, la gouvernance, la prévention des risques, le développement durable, le numérique, l'éducation de la petite enfance, la solidarité, le sport ou encore le patrimoine.
Economie
Ce sont les choix économiques du territoire qui ont été en premier lieu évoqués : dans un contexte où la croissance est mise en cause (crise, partisans de la décroissance), quels sont les paris à faire pour l’avenir (ré-industrialisation, soutien des PME, importance du port et du monde maritime) ? Comment promouvoir la culture économique et le dynamisme du territoire (« des folles journées de l’économie », une vitrine industrielle auprès du futur Institut de Recherche Technologique Jules Verne) ?
L’Agence d’urbanisme de la région nantaise a rappelé que les citoyens attendent beaucoup du développement économique (quand on interroge les habitants sur ce qui pourrait arriver de positif sur l’agglomération c’est ce qu’ils citent en premier). En retour, Jean-Marc Ayrault a évoqué le soutien aux filières porteuses d’emploi (matériaux composites, énergies renouvelables en lien avec la mer…) en affirmant que pour que l’emploi se développe, il faut un territoire qui ne soit pas sur la défensive et mise sur l’innovation.
Logement
Les membres du Conseil de Développement ont ensuite mentionné les difficultés à répondre aux besoins des habitants en matière d’habitat (nécessité de densifier et besoin d’intimité), ou de mobilité (attente de fluidité malgré des déplacements de plus en plus nombreux et des territoires de vie de plus en plus éloignés).
Thierry Violland, directeur général de l’Auran, a précisé que si le phénomène d’extension urbaine était une réalité, les politiques publiques mises en place permettaient aussi dès maintenant de limiter les effets négatifs de l’étalement urbain : on peut faire la ville différemment puisque le Schéma de cohérence territorial de la métropole Nantes Saint-Nazaire a permis de passer de 300 à 200 hectares urbanisés par an depuis les années 2000.
Gilles Retière, Vice-Président délégué de Nantes Métropole en charge de l’aménagement du territoire, de l’urbanisme et de l’habitat, a esquissé des pistes pour répondre à ces tensions et « vivre heureux dans la grande ville » en étant « plus près les uns des autres sans être les uns sur les autres ».
A l’échelle de l’ilot, il faut raccourcir les distances permettant de « vivre au quotidien mais aussi se croiser, se connaître », tout en étant conscient de l’impossibilité de développer toutes les fonctions et tous les commerces dans son quartier : il faut par exemple 3000 habitants pour qu’une pharmacie fonctionne. Il ne s’agit pas seulement de ratios d’aménageurs mais de partager la ville. Aussi, connaître les grandes « unités » de fonctionnement de la ville permet de mieux la penser: les quartiers à Nantes, les 3 entités de Bouguenais que sont le centre-bourg, Les Couëts et Croix Jeannette, et quelques hameaux ou quartiers dans les plus petites communes.
A une autre échelle, il convient également de coordonner les réflexions : c’est pourquoi le Plan de Déplacements Urbains (PDU) et le Programme Local de l’Habitat (PLH), qui s’appliquent sur les 24 communes de l’agglomération, ont des principes communs et que le travail actuel sur la réglementation du commerce doit également être cohérent avec les transports et les lieux de vie. Patrick Rimbert, Vice-président de Nantes Métropole en charge de l’attractivité internationale et des projets métropolitains, de l’emploi et de la politique de la ville ajoute deux ingrédients fondamentaux pour la ville de demain : la qualité des espaces publics et une agglomération solidaire accueillant les plus fragiles, les plus jeunes et les plus âgés, et offrant 25% de logements sociaux.
Déplacements
En matière de déplacements, Philippe Audic a aussi évoqué la nécessité de réfléchir au-delà des périmètres institutionnels et des limites de la communauté urbaine. Jean-Marc Ayrault a précisé que la Conférence des autorités organisatrices de transports pour permettre la cohérence entre tous les modes de transports, la volonté d’être raccordé à Rennes avec la grande vitesse et dans le cadre du schéma national des infrastructures terrestres, ainsi que les chronobus sur le territoire des 24 communes, constituent des premières réponses et des chantiers prioritaires.
Echelles de territoire et gouvernance
Sur le plan institutionnel, le Président du Conseil de Développement a également interrogé les élus sur le choix d’opter pour le pôle métropolitain, et plus globalement sur les bonnes structures de gouvernance, adaptée aux territoires et permettant l’expression citoyenne.
L’Agence d’urbanisme a de son côté rappelé que les questions institutionnelles revenaient assez peu parmi les contributions des habitants, même si les chefs d’entreprises mettaient en avant la capacité des acteurs publics à porter des projets, par des partenariats avec Saint-Nazaire ou Rennes par exemple. Le Président de Nantes Métropole a exprimé son point de vue sur les régulations territoriales : la dernière réforme a permis d’avancer sur la reconnaissance du fait métropolitain et de l’échelle régionale, déterminante au niveau européen. Cependant, la décentralisation nécessite encore des améliorations : la commune constitue une échelon fondamental du rapport au citoyen mais un élu seul n’a pas les moyens de faire face aux défis. L’intercommunalité est fondamentale et peut être renforcée par l’élection directe. Le département est une institution importante pour la solidarité dans tous les sens du terme. Quant au pôle métropolitain, il n’est pas un nouvel échelon de collectivités dans la mesure où ces dernières conservent leurs compétences mais un moyen de mettre en commun des compétences et des moyens. A ce titre, la conférence des SCoT (schémas de cohérence territoriaux) ou l’ACEL, l’association communautaire de l’Estuaire de la Loire, sont des lieux importants de débats et d’échanges.
Environnement et énergie
Les questions environnementales et énergétiques s’imposent comme des enjeux déterminants comme le rappelle un des membres du Conseil de Développement, cependant les moyens mis en œuvre par les collectivités sont-ils à la hauteur des changements nécessaires ?
Cette interpellation entre en résonnance avec la préoccupation des habitants, qui ont besoin d’accompagnement pour faire évoluer leur comportement (tri des déchets, circuits courts…) et des acteurs économiques, qui souhaitent que les pouvoirs publics jouent un rôle plus fort dans le changement de paradigme (offre de transport, régulation des flux avec de la production d’énergie alternative à l’échelle locale ou des propositions en matière logistique).
Pour Jean-Marc Ayrault, la transition énergétique est un enjeu national et européen. Les pouvoirs locaux ont bel et bien des leviers d’action : agir sur la question des déplacements, développer des réseaux de chaleur écologiquement et économiquement intéressants, miser sur la sobriété énergétique des bâtiments, d’autant que la réhabilitation des bâtiments peut constituer un secteur créateur d’emplois et d’innovation.
Pascale Chiron, Vice-Présidente de Nantes Métropole en charge du Plan Climat, de la maîtrise de l'énergie et des réseaux de chaleur souligne que le rôle des pouvoirs publics est triple : être exemplaire sur les politiques publiques (même si 6% seulement des gaz à effet de serre relèvent de la responsabilité des collectivité), animer le territoire, comme avec les conseillers climat, et accompagner les habitants, qui souhaitent comme l’a montré l’atelier Plan Climat, modifier leurs pratiques sans discours moralisateur.
Médias
D’autres enjeux, originaux pour des projets de territoire, retiennent également l’attention du Conseil de Développement. D’une part, le responsable de la délégation Nouveaux médias, nouveaux réseaux numériques du Conseil de Développement a interrogé les élus sur leur position par rapport à la question numérique : quelle parole publique sur ces usages nouveaux notamment en matière démocratique ? Quelle stratégie sur ces réseaux structurants pour une métropole ? Quel corpus théorique pour ce nouveau secteur d’activité ? Johanna Rolland, membre du Conseil Communautaire, a, à ce propos, déclaré que l’enjeu était effectivement majeur à trois titres : en matière d’innovation, de vitalité démocratique (une condition fondamentale pour que chacun puisse s’informer, se saisir des enjeux sociétaux, avec pour notre agglomération, un environnement propice par la présence de médias locaux et de développeurs) et de rayonnement économique (une métropole demain devra être hyperconnectée).
Education
Philippe Audic a d’autre part mentionné qu’une réflexion sur l’avenir ne peut pas ne pas prendre en compte la question de l’éducation, d’autant qu’aujourd’hui, 15% des enfants en sixième sont dans une situation proche de l’illettrisme. Johanna Rolland a souligné l’importance de s’attacher à cet enjeu à la fois de cohésion sociale et d’attractivité, puisque ce sujet est aussi un facteur déterminant pour le maintien et l’attraction des jeunes actifs sur le territoire. Les leviers d’action sont double : réfléchir en même temps à l’enfance, l’éducation et l’université et renouveler la gouvernance entre les acteurs publics et les associations.
Rupture sociale
Les risques de rupture sociale ont aussi été soulevés par le Conseil de Développement, puisque 15% des ménages de Nantes Métropole vivent sous le seul de pauvreté : comment faire participer tous les publics à la réflexion d’avenir ? Comment soutenir les associations qui semblent être le premier lieu du soutien aux plus fragiles ? Pascal Bolo, membre du Conseil communautaire, a évoqué cette question comme la troisième condition du développement équilibré de l’agglomération, avec le développement économique et la transition énergétique. Il a rappelé l’importance de faire participer les plus précaires à la définition des politiques publiques et de les rendre acteurs de leur destin, comme dans les dispositifs de R.S.A. ou de dialogue citoyen et l’attachement des habitants de l’agglomération à la solidarité (une des valeurs les plus fréquemment citées).
Santé et sport
La santé et « un grand projet sportif pour 2030 » sont au cœur d’une contribution du Conseil de Développement. Cette réflexion fait aussi écho aux préoccupations des habitants en matière de santé, aux perspectives qu’offrent également les équipements de santé en matière de rayonnement et de filière économique et aux propositions des citoyens en matière d’infrastructures de santé. Marie-Françoise Clergeau, Vice-Présidente de Nantes Métropole en charge des grands équipements, a reconnu que le sport et la possibilité de favoriser les pratiques dans la ville avaient des conséquences fortes sur l’ambiance urbaine. Elle a évoqué les avancées en la matière (l’intégration avec des parcs, des parcours sportifs du sport dans l’espace urbain, le développement des équipements sportifs) et les pistes de réflexion (la prise en compte des nouvelles tendances comme la pratique sportive en famille ou intergénérationnelle, la réflexion sur la carte des sports de haut niveau à l’échelle du département).
Associations
La vie associative et l’apparition de projets de plus en plus issus de la société civile ont été abordées. Pour Ali Rebouh, membre du conseil communautaire, le durcissement des réglementations, la professionnalisation des cadres, les difficultés de renouvellement des bénévoles associatifs sont des évolutions marquantes pour le fait associatif. Il a évoqué les pistes de réflexion pour la collectivité (comment être plus réactif ? Ne pas toujours travailler avec les mêmes structures ?) en citant le besoin d’écoute plus que de logistique, la part de prise de risque dans le soutien à l’émergence, la capacité à conserver engagement militant et professionnalisme.
Patrimoine
En conclusion la place du patrimoine dans le projet de territoire a été évoquée. Pour Jean-Marc Ayrault, ce patrimoine est fondamental et recouvre à la fois les monuments (la place Royale, par exemple), le patrimoine contemporain (la maison cheminée à Cordemais) et les lieux de vie (les commerces, les jeux de boule) : « Un territoire ne peut se projeter dans l’avenir que si il partage un patrimoine et un imaginaire communs ».
Cette séance, inscrite dans l'étape du Temps des Idées de Ma Ville Demain, a permis de démontrer que les contradictions à prendre en charge sont nombreuses mais que les propositions existent pour pouvoir écrire un nouveau projet pour la métropole.
Pour plus d’information, allez sur le site du Conseil de développement en cliquant ici.