Julien Damon au centre des expos

21 mars 2011

Comme le rappelle Pascale Scilbo, ajointe à la lutte contre la pauvreté à la Ville de Nantes, la question de la précarité est une question essentielle du vivre ensemble, surtout quand on sait que 22000 ménages vivent sous le seuil de pauvreté à Nantes.

Question essentielle effectivement, surtout en France car Julien Damon rappelle ce paradoxe étrange et préoccupant : la France est le pays au monde qui dépense le plus pour sa protection sociale, mais c’est aussi un des pays où l’angoisse de la pauvreté est la plus forte.
Michel Plaze, président de la Mission locale, reviendra plus tard sur ce paradoxe : il lui semble que la société française est tellement terrifiée par la pauvreté qu’elle en est paralysée jusque dans son action.

Mais avant toute chose, qu’est ce que la pauvreté ? Si tout le monde en a une idée, celle-ci n’est pas si facile à définir. Les institutions internationales (Fond Monétaire et Banque Mondiale) ont recours à la notion de pauvreté absolue : l’extrême pauvreté concerne les personnes vivant avec moins de 1,5 $ par jour, la pauvreté celles qui vivent avec moins de 2,5 $ par jour. Autant dire que sous cet angle, il n’y a quasiment pas de pauvres en France…
D’où le concept de pauvreté relative : est pauvre toute personne vivant dans un ménage au revenu inférieur à 60 % du revenu médian.

Si en France la pauvreté a tendance à diminuer depuis les années 1970, elle connaît des transformations majeures :
- Des campagnes elle passe aux villes ;
- Elle concerne maintenant davantage les familles monoparentales que les familles nombreuses ;
- Le travail ne protège plus de la pauvreté, avec l’émergence des travailleurs pauvres ;
- Elle concerne plus les jeunes que les aînés.

A Nantes, Julien Damon calcule que le seuil de pauvreté local se situerait autour de 907 € par mois pour une moyenne française de 875 € : la population nantaise est donc plus aisée que la moyenne, mais les inégalités sont plus creusées (rapport de 1 à 7 entre les 10% les moins riches et les 10 % les plus riches contre 1 à 5 en France métropolitaine). Thierry Violland, directeur général de l’Agence d’urbanisme de la région nantaise rappelle néanmoins qu’il est plus pertinent de comparer les métropoles entre elles. Ce faisant, on s’aperçoit que les grandes villes de l’Ouest (Nantes, Rennes, Angers, Brest…) sont plus égalitaires que les autres villes françaises. Et il faut compter avec une particularité nantaise : les quartiers d’habitat social sont très présents sur la ville centre de l’agglomération.

La question de l’action locale est alors posée : Julien Damon a montré qu’aujourd’hui, pour les 20 % des ménages les plus défavorisés, entre le logement, le chauffage…, les dépenses contraintes représentent 75 % du budget (contre 50 % en 2001). Faut-il considérer qu’il y a une marge de manœuvre pour les collectivités locales, ou que la pauvreté est avant tout une question nationale pour offrir des solutions égales à tous sur l'ensemble du territoire ? Cette alternative, qui met en question les évolutions de notre modèle de solidarité et les leviers à l'échelle de notre métropole, est une introduction forte pour le temps des idées de Ma Ville demain.


De gauche à droite : Francine Fenet, directrice du pôle politiques publiques et prospective ; Pascale Scilbo, adjointe au maire de la ville de Nantes en charge de la lutte contre la pauvreté ; Martine Mespoulet, directrice-adjointe de la Maison des Sciences de l'Homme; Julien Damon, professeur associé à Sciences Po
 

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