Nicolas Tenzer, invité de Questions Publiques et de Ma Ville Demain

16 juin 2011

Le 8 juin dernier, Nicolas Tenzer était l’invité de Questions Publiques, en partenariat avec Ma Ville Demain. Le succès était au rendez-vous, puisqu'une centaine de personnes étaient présentes. Normalien, énarque, président d’un think tank, directeur de la revue Le Banquet, il a publié récemment Le Monde en 2030.
Rendez-vous le 20 septembre prochain : Ma Ville Demain et Questions Publiques renouvellent l’opération, avec l’accueil de Virginie Raisson pour son ouvrage 2033, atlas des futurs du monde.

Nicolas Tenzer adopte une lecture politique de l’avenir du monde : dans les vingt ans à venir, les Etats conserveront une place majeure. Néanmoins, les interdépendances resteront tellement fortes que s’isoler sur la scène internationale serait « suicidaire ». Globalement, le monde sera relativement stable, car les alliances entre Etats ne seront pas suffisamment fortes pour engendrer un conflit mondial (ce qui n’empêchera malheureusement pas les conflits locaux, notamment en Afrique, dans le Caucase, en Asie centrale…). Néanmoins, l’accès aux matières premières sera sans doute une source de fortes tensions, d’où l’importance selon Tenzer d’organiser une régulation internationale.

Dans ce contexte, les grandes organisations internationales auront des difficultés à jouer leur rôle, la régulation sera surtout d’ordre technique et effectuée par les organisations sectorielles (il en existe déjà une cinquantaine, spécialisées par exemple sur les enjeux du développement durable ou de lutte contre la pauvreté et la faim).

Autre tendance lourde, les Etats-Unis seront toujours la super-puissance, le modèle américain restera celui à partir duquel les autres continueront à se définir (en accord ou en opposition). Néanmoins, ils ne seront plus la solution unique et devront apprendre à coopérer.

Et l’Europe dans tout ça ?

Aujourd’hui, les leaders économiques, politiques, chercheurs, universitaires… des pays émergents comme la Corée du Sud ou la Malaisie sont beaucoup plus aguerris au jeu international que les Européens. Avis à la France…

A la question de savoir si les intérêts américains et européens convergent, Nicolas Tenzer répond en deux temps : il existe effectivement des conflits majeurs en commerce international entre Europe et Etats-Unis, mais nous restons de toute façon plus proches de leur modèle et de leurs intérêts que de ceux des autres Etats (Chine, Iran etc.).

Actuellement, nous vivons une grave crise de leadership de l’Union européenne et dans beaucoup de pays européens, dont la France. L’Union européenne n’est pas une organisation politique, le rêve des Etats-Unis d’Europe est mort, les priorités stratégiques des 27 pays membres sont beaucoup trop divergentes. Cela dit, le modèle européen et l’intégration qu’il a engendrée sont uniques au monde. Il a su développer une solidarité qui fonctionne, pour l’instant… Car au regard de ce qui se passe en Grèce ou en Espagne, la solidarité ne paraît pas si évidente… Comment rendre acceptables par des gouvernements classiques des solutions innovantes ? Comment faire émerger une réelle citoyenneté européenne ?

Quelle place pour les métropoles dans ce contexte ?

Il y a trois échelons pertinents pour la gouvernance à l’échelle européenne, qui sont l’Etat, la région et l’intercommunalité. Les villes et les collectivités ont donc un rôle majeur à jouer, car ce sont les principales entités planificatrices et les interlocutrices directes de l’Union européenne. N’oublions pas que le pouvoir des territoires reste fort et que les décisions qu’elles prennent concernent des sujets très variés (efficacité énergétique, réforme de l’administration, fiscalité, justice, droits de l’homme, agriculture, santé…) , des marchés qui représentent 500 milliards d’euros sur cinq ans, et 25 000 milliards induits ! Des collectivités allemandes, suédoises, américaines se spécialisent même sur ces marchés et exportent leurs savoir-faire.

La Russie, disparition d’un géant ?

L’espérance de vie des hommes est d’ores et déjà  inférieure à 60 ans. D’ici 2030, la Russie perdra 30 millions de personnes. Les oligarques placent leur fortune à l’extérieur et les richesses sont captées par une minorité. Conséquence : la présence de ressources n’engendre pas de développement et la classe moyenne disparaît progressivement.

Et l’Inde ? Le Brésil ?

L’Inde aura selon Nicolas Tenzer une place ambiguë car elle sera bien sûr un géant économique, mais pas politique. Elle n’est pas suffisamment organisée au niveau central (l’Inde est un pays fédéral), n’a pas de logique mondiale et doit gérer ses propres tensions entre hindous et musulmans, ainsi que les tensions avec son voisin pakistanais.

Le Brésil est une extraordinaire réussite, mais c’est un pays encore très corrompu et aux bases fragiles.

 

De nombreuses questions ont été abordées par le public qui a interrogé Nicolas Tenzer sur d’autres facteurs d’évolution du monde. La place de la démographie ? Le poids de la population d’un pays n’est pas le seul facteur de la puissance et l’accueil d’étrangers est un enjeu fort de demain. Le rôle des investisseurs et du monde de la finance face à la souveraineté des Etats ? Une contrainte forte mais qui ne remet pas en cause la légitimité des nations. Le déclin du politique dans la conduite du monde et la gestion locale ? Une tendance qui ne doit pas remettre en cause le volontarisme et l’engagement. Interrogé pour finir sur l’échelle de temps la plus adaptée à la conduite de projets, Nicolas Tenzer a souligné que « l’on peut engager une réflexion de développement territorial à l’échelle de 20 ans, c’est un bon horizon temporel. »

 

Une soirée intéressante qui a permis de replacer le projet métropolitain dans un contexte international qu’il est nécessaire de prendre en compte dans les réflexions à venir. Ma Ville Demain reproduira ce partenariat avec un nouveau Questions Publiques à la rentrée. L’invitée sera cette fois Virginie Raisson, géographe auteur d’un ouvrage passionnant, 2033, atlas des futurs du monde. Rendez-vous le 20 septembre 

De gauche à droite : Thierry Violland, directeur général de l'Auran, Philippe Audic, président du Conseil de développement de Nantes Métropole, Nicolas Tenzer, auteur de Le Monde en 2030, Thierry Guidet, directeur de Place Publique
De gauche à droite : Thierry Violland, directeur général de l'Auran, Philippe Audic, président du Conseil de développement de Nantes Métropole, Nicolas Tenzer, auteur de Le Monde en 2030, Thierry Guidet, directeur de Place Publique

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