Les entretiens "vision d'avenir"

Une première série d’entretiens a été menée pour compléter le diagnostic du territoire et les enjeux émergeant des réponses des habitants et des temps d’échanges. Un panel d’acteurs aux profils divers (économique, médico-social, culturel, associatif, enseignement supérieur, élus du territoire de l’agglomération et des territoires voisins) a été interrogé sur sa vision de l’agglomération nantaise d’aujourd’hui et de demain. Outre l’analyse présentée ci-dessous de façon synthétique, un extrait audio de chaque entretien est disponible sur www.mavilledemain.fr.

Pour les différents acteurs interrogés, il est important et utile de se projeter dans l’avenir (même si cet exercice de projection peut paraître compliqué) afin de donner un sens au développement, de la cohérence aux orientations futures et de la visibilité à la métropole nantaise.

Ce qui me paraît intéressant, c’est de se projeter dans l’avenir et de se dire : c’est quoi la ville de demain ? Effectivement, demain à l’horizon de 20 ans, quand on voit la nature des travaux, des changements, cela se prépare aujourd’hui. Est-ce qu’on veut une ville de voitures, une ville piétonne ? Quels transports et quelles modalités de déplacements urbains on prévoit ? Un centre-ville où on habite ou un centre-ville où on travaille ? Je pense que l’enjeu, c’est de construire ce futur-là avec les habitants. Cette démarche permettra de mieux appréhender le présent.
Christiane Coudrier, Directrice du CHU de Nantes

Il est important qu’on ait une vision sur le long terme pour que cela se passe le mieux possible dans les années à venir. Être proactif pour accueillir tous les nouveaux arrivants et tous les nouveaux projets qu’on a aujourd’hui.
Jean-François Gendron, Président de la CCI Nantes – Saint-Nazaire

"vision d'avenir"

Une photographie de la métropole nantaise d’aujourd’hui

Les atouts du territoire

Pour l’ensemble des acteurs interrogés, l'agglomération nantaise se différencie par la culture, offre une qualité de vie indéniable, de taille humaine et dispose d’un tissu diversifié d’activités ; une ville où on a envie de vivre, de travailler et où tout est possible. Espace solidaire et dynamique, la métropole est incontestablement le grand espace urbain de l’Ouest qui joue ou doit jouer un rôle d’animateur et de locomotive, avec toute la modestie que cette posture induit.

Deux atouts sont systématiquement mis en avant dans ces entretiens : la croissance démographique du territoire et son offre culturelle, à quoi s’ajoute la proximité-temps avec Paris et avec le littoral. Dans les domaines économique et culturel, le dynamisme de la métropole nantaise est reconnu à l’unanimité par les acteurs du territoire. Le développement économique s'appuie sur une forte capacité d’adaptation des entreprises et sur une excellente connexion avec les institutions publiques, une capacité des acteurs à travailler ensemble (le « jeu à la nantaise »). La cohésion sociale, la mixité urbaine et sociale sont perçues comme des atouts à encourager. L'émergence du pôle santé revient régulièrement comme une preuve du dynamisme nantais.

Nantes est une ville qui a une taille intéressante. On trouve sur ce territoire tous les services dont on peut rêver : santé, enseignement supérieur, culture, commerce… Et, en même temps, Nantes reste une ville à dimension humaine, où on croise des gens qu’on connaît dans la rue. On n’est pas dans de l’impersonnel, comme cela peut exister dans certaines mégapoles.
Philippe Audic, Président du Conseil de développement de Nantes Métropole

Deux atouts sont systématiquement mis en avant dans ces entretiens : la croissance démographique du territoire et son offre culturelle, à quoi s’ajoute la proximité-temps avec Paris et avec le littoral. Dans les domaines économique et culturel, le dynamisme de la métropole nantaise est reconnu à l’unanimité par les acteurs du territoire. Le développement économique s'appuie sur une forte capacité d’adaptation des entreprises et sur une excellente connexion avec les institutions publiques, une capacité des acteurs à travailler ensemble (le « jeu à la nantaise »). La cohésion sociale, la mixité urbaine et sociale sont perçues comme des atouts à encourager. L'émergence du pôle santé revient régulièrement comme une preuve du dynamisme nantais.

Aujourd’hui, la culture à Nantes est une force parce qu’elle dessine le visage d’une ville intelligente et que chaque fois qu’on fait quelque chose, on le fait au top. C’est le cas du musée d’histoire dans le château des Ducs, où on a utilisé les nouvelles technologies, le multimédia, dans le cadre d’une approche pédagogique extrêmement contemporaine.
Jean Blaise, Directeur du « Voyage à Nantes »

Les faiblesses de la métropole nantaise

Dynamique, certes, mais pas dans tous les domaines. Dans les différents entretiens, le domaine de l’enseignement supérieur et la recherche est fréquemment cité comme faisant partie des points faibles de la métropole nantaise, malgré les efforts importants accomplis ces dernières années, en particulier en matière de biotechnologies. Comparée aux grandes villes universitaires, notamment Rennes, Nantes semble pâtir de la jeunesse de son université. Autre signal important, les déplacements à l’intérieur de l’agglomération qui remettent en cause l’accessibilité et la fluidité de la métropole. À quoi s’ajoute le phénomène d’étalement urbain causé par l’augmentation du prix du foncier dans l’agglomération, source potentielle d’exclusion. Bien que le dynamisme économique de l’agglomération soit reconnu, les acteurs les plus impliqués dans le développement économique relèvent l’insuffisance d’entreprises de 500 à 1 000 salariés et une activité industrielle fragile.

Enfin, à l’unanimité, le territoire souffre d’un manque de visibilité au niveau européen et au niveau international du fait notamment d’un positionnement géographique excentré. La plupart des acteurs souhaitent que la métropole nantaise devienne une métropole européenne voire même une métropole de dimension internationale.

Parmi ses faiblesses, Nantes rencontre une difficulté du fait de son positionnement à l'Ouest de l'Europe. Par ailleurs, c'est une grosse ville, mais une ville moyenne par rapport aux grandes villes européennes.
Éric Boistard, Directeur de Stéréolux (Ex Olympic)

À Nantes, les entreprises ont intérêt à développer un management plus responsable pour attirer plus de monde. Beaucoup de salariés cherchent à travailler dans des entreprises qui respectent l'environnement et les hommes puisqu'elles correspondent à leurs valeurs. Si Nantes était davantage connue pour ses valeurs, elle serait plus attractive. Selon moi, l'évolution de Nantes passe donc par le développement d'une démarche ambitieuse de l'ensemble des acteurs du territoire en matière de développement durable et de responsabilité sociale.
André Sobczak, Directeur de l'Institut pour la Responsabilité Globale d'Audencia
 

Le territoire pertinent de développement

Outre l’estuaire, territoire naturel de développement de l’agglomération nantaise pour tous les interlocuteurs, la métropole peut avoir intérêt à se rapprocher de Rennes sur certains projets (notamment l’enseignement supérieur). Partisans de Nantes – Saint-Nazaire, Nantes – Rennes, Nantes – Angers – Le Mans, tous sont d’accord sur la nécessité de mettre en place des coopérations inter-territoriales et par conséquent de réfléchir à de nouveaux systèmes de gouvernance. Dès lors, cette volonté d’ouverture vers d’autres territoires, mais aussi vers l’Europe et le monde, suppose la réalisation d’infrastructures améliorant les liaisons aussi bien routières, ferroviaires, qu’aériennes.

Le territoire de développement de Nantes, c’est évidemment Nantes Saint-Nazaire mais aussi Nantes Rennes. Les deux aires métropolitaines se touchent et elles sont complémentaires.
Benoit Cailliau, Président du Conseil économique, social et environnemental
 

Les craintes pour l'avenir

Bien que considérée comme un atout, la croissance démographique est également perçue comme une crainte, crainte due à la forte augmentation projetée du nombre d’habitants à l’horizon 2030 et au vieillissement de la population. D’autres facteurs sont mentionnés comme le retour d’une grave crise économique, le creusement des injustices sociales, le réchauffement de la planète, une possible montée des eaux de l’estuaire, la poursuite accélérée du désengagement de l'État et également une rupture du dialogue entre les acteurs du territoire. Néanmoins, les acteurs estiment qu’il n’y a pas lieu d’être pessimiste en ce qui concerne l’avenir du territoire métropolitain.

Il y a des logiques de projets à l'oeuvre impliquant des gens de secteurs différents et la désectorialisation est plutôt plus forte ici qu'ailleurs. On peut appeler ça le jeu à la nantaise. En tout cas, on arrive –pas tout le temps, mais dans un certain nombre de domaines –à monter des projets avec plusieurs acteurs de secteurs différents […]. Le risque, pour moi, il est plutôt du côté des jeux d'acteurs. Aujourd’hui, nous travaillons tous dans des logiques de coopération et de coproduction, mais ces processus sont longs à monter et peuvent se rompre à tout moment.
Philippe Bataille, Directeur de l’École nationale supérieure d’architecture de Nantes

Si je pense à 2030, je vois surtout des menaces qui débordent le cadre nantais. On est à une période de forts bouleversements (culturels, démographiques) et on voit bien que, si on continue à avoir un creusement inconsidéré des injustices sociales, une aggravation de la paupérisation d'une partie de la population, un laminage des classes moyennes, accompagné d'un discours identitaire dressant les gens les uns contre les autres en fonction de leur couleur de peau ou de leur religion, on se prépare un monde qui ne va pas être agréable.
Alain Supiot, Directeur de l’Institut d'Études Avancées
 

La ville idéale

En 2030, et s’il n’y avait plus de circulation automobile dans le centre ville ? Et si la voiture électrique avait droit de cité ? Et si des campus universitaires mêlant technologie, économie, maîtrise du numérique et design étaient édifiés ? Et si la métropole nantaise devenait une métropole d’un Grand Ouest éco-performante, créative, à dimension internationale ? Et si tous les habitants étaient épanouis ? Et si la métropole nantaise redonnait à la Loire la place qu'elle avait auparavant ?

La perspective dominante n’est pas une rupture forte mais plutôt la poursuite amplifiée de ce qui a été engagé, en ne négligeant pas les efforts accrus dans les domaines où apparaissent des faiblesses.

Le Nantes idéal serait une ville où tout le monde pourrait se retrouver, une ville où tu te fais surprendre.
Yasmina Abid, Chargée de développement, Scop « Les Petites Mains », Nantes

Nantes en 2030, c'est une ville où les gens continueront à vouloir venir, parce qu'elle restera agréable à vivre – il y aura toujours de la culture… Une ville permettant d'avoir une vie extérieure agréable. Une ville où les gens trouveront des conditions d'enseignement correctes. Je souhaite que ce soit une ville qui apparaisse comme une des capitales universitaire d'Europe, pourquoi pas avec Rennes ?
Yves Lecointe, Président de l'Université de Nantes