Le Conseil de développement de Nantes Métropole

Le Conseil de développement de Nantes Métropole, qui se définit comme une « assemblée consultative de citoyens libres et autonomes », s'est associé à la démarche de projet de territoire Ma Ville Demain. Il s'est particulièrement mobilisé avec 80 séances de travail et 130 contributions écrites en une année de travail. Partenaire actif de cette grande initiative de consultation, le Conseil de développement compare son travail au « off » de la démarche dite « officielle », en tentant d'apporter un regard décalé aussi bien dans sa méthodologie que dans ses réflexions. Le Conseil est ainsi partie prenante de Ma Ville Demain « sans en être dépendant ».

Appuyées sur une très large écoute, les réflexions du Conseil de développement ne visent pas « à l'établissement d'un point de vue unique mais plutôt à mettre en évidence un large éventail d'attentes exprimées par la société civile ». C'est dans cet esprit que le Conseil de développement s’est attaché plus particulièrement, à travers des laboratoires d’écoute, à chercher le regard des jeunes générations sur la ville de demain. Une note de synthèse sur l’ensemble de ses travaux a été adressée à l’Auran afin d’enrichir le diagnostic territorial de la mise en mouvement.

Les premières réflexions et propositions issues des différents chantiers engagés

Les questions économiques

Elles sont déterminantes pour maintenir la cohésion du territoire. Selon les membres du Conseil de développement, cette cohésion, vecteur d’équilibre social, repose sur la présence d’entreprises nombreuses sur l’agglomération et sur l’offre d’emplois. A cet effet, le territoire doit renforcer son attractivité. Ceci suppose que l’agglomération nantaise s’affirme comme un leader territorial décomplexé,
tout en nouant des coopérations, notamment avec d’autres collectivités proches.

Dans un contexte de croissance démographique et dans un monde « fini » du point de vue de ses énergies fossiles, le Conseil de développement préconise un développement économique soutenable qui tienne compte des enjeux sociaux et environnementaux
mais dont il ne faut pas être « honteux » Pour cela, de nouveaux moteurs de croissance sont à identifier pour préparer une nouvelle prospérité. L'expression « développement durable », à force d'être utilisée, perd parfois son sens originel.

Face aux risques de rupture, il semble nécessaire que l’agglomération nantaise garde sa capacité d’action et de diversification qui lui a déjà permis de rebondir dans les périodes de crise. À l’horizon 2030, des choix ambitieux, innovants et anticipateurs sont donc à envisager, notamment dans le secteur industriel où la possibilité d'éventuelles relocalisations doit être retenue. Le Conseil de développement résume cette idée dans l’expression « l’urgence du long terme » .

Les questions économiques sont d'autant plus importantes pour l'avenir que les groupes de jeunes ayant participé aux travaux du Conseil expriment un certain nombre de réticences sur le monde de l'entreprise. Cet univers est parfois perçu négativement et ne correspondant pas toujours aux valeurs exprimées par ces jeunes générations.

Sans une économie forte appuyée sur des entreprises nombreuses et pourvoyeuses d’emplois, les territoires perdent vite ce qui fait de leur équilibre : la cohésion sociale
Contribution collective, Vive l’avenir, Osons le développement économique, juin 2011

Il n’est pas nécessaire d’être une capitale pour exister sur le plan international mais il faut être une « locomotive », capable d’entraîner un mouvement collectif qui bénéficie à tous. Il ne suffit pas de proclamer une ambition, il faut la démontrer au quotidien. Nantes doit ainsi afficher sa volonté pour entraîner et elle doit le faire sans complexes.
Contribution collective, Vive l’avenir, Osons le développement économique, juin 2011

Il faut oser le développement, ne pas avoir peur du mot et ne pas être frileux devant les obstacles.
Plutôt que « durable », et conformément à l’origine anglo-saxonne de l’expression, notre développement doit être « soutenable », c’est à dire défendable à long terme, acceptable socialement et vivable pour
la cohésion sociale.
Contribution collective, Vive l’avenir, Osons le développement économique, juin 2011

Téléchargez Vive l'avenir, Osons le développement économique

La mobilité

Elle apparaît comme une des principales préoccupations des habitants. Le Conseil de développement a souhaité rappeler « le principe d'un certain équilibre entre les modes de déplacement mais il a souhaité aussi transcender les schémas classiques ». La problématique moderne de la mobilité n’est plus tout à fait forcément celle de l'opposition entre la voiture et les autres modes de déplacement. Dans cet esprit, le Conseil a souhaité « un autre regard sur les politiques publiques (pas seulement celles de la mobilité) à travers la dualité individuel-collectif  ».

La thématique des transports est également traitée dans le rapport spécifique Ville et Services Durables, réalisé, à la demande du Conseil, par des étudiants de l’École Centrale. Afin d’utiliser de manière plus rationnelle l’énergie, plusieurs idées sont proposées
dans ce rapport comme par exemple la mise en place d’un tram sans caténaire et l’utilisation de bus consommant du bio méthane.
Pour les jeunes générations, grands consommateurs de transports collectifs, les transports publics, sur Nantes, sont jugés démodés, insuffisants le soir et la nuit et trop chers. À cet effet, ils ont exprimé des idées originales : le partage des titres de transport non utilisés complètement. À noter aussi que ces groupes de jeunes interrogés ont désormais une représentation mentale d'un espace urbain dans lequel la voiture est beaucoup moins présente.

L’expression « tramway moderne », encore employée par les plus de 50 ans les fait sourire. Pour eux, il a toujours été là et son look est parfois jugé assez peu moderne.
Synthèse des entretiens avec les volontaires du service civique, décembre 2010 – juin 2011

Le logement

C’est une préoccupation jugée également importante, qui soulève toutefois une tension entre d’une part, une volonté de densification affirmée par les urbanistes et une volonté d’intimité exprimée par les habitants. Résumé dans la formule « le rêve des urbanistes peut devenir le cauchemar des habitants, le souci exprimé par le Conseil est celui du blocage et du risque de multiplication des conflits liés à l'offre d'habitat. Le Conseil a ainsi souhaité que l'accent soit mis sur le renouvellement de l'offre urbaine pour dépasser le traditionnel débat maison individuelle contre immeuble collectif.

Ce renouvellement est d'autant plus souhaitable que les jeunes, même s’ils ont conscience de l’accroissement démographique et des nécessités de rationalisation de la gestion urbaine, restent attachés à une envie de maison et de jardin. Dans une optique d’économie
d’énergie, des idées sont émises par les jeunes consultés comme par exemple encourager le recours au bois dans la construction.

À la question de la reconstruction de la ville sur elle-même pour éviter de grignoter en continue l’espace naturel, ils répondent simplement : construisons un étage de plus à tout ce qui existe et le problème sera réglé
Synthèse des entretiens avec les volontaires du service civique, décembre 2010 – juin 2011

Le développement durable

Les perceptions du développement durable sont socialement différenciées (voir le mémoire réalisé par une étudiante de Master 1 pour le Conseil de développement dans le cadre de Ma Ville Demain), elles dépendent du positionnement social des familles, de leurs pratiques en matière d’alimentation ou de tri de déchets, de l’effet générationnel (la génération des 20–25  ans a des pratiques différentes de ses parents), de la formation scolaire, professionnelle… Les jeunes générations ont intériorisé les principes du développement durable et ils sont sensibles aux problématiques environnementales (tri des déchets, propreté…). La ville de demain est pour eux une ville écologique.

Toutefois, même si certaines catégories sont plus sensibilisées au développement durable que d’autres, cela ne se traduit pas forcément dans les pratiques de la vie quotidienne.

C'est la question globale des comportements qui est posée et c'est la raison pour laquelle le Conseil de développement souhaite
appréhender le développement durable d’abord comme une question démocratique. Pour lui, toutes les politiques publiques sont à co-construire avec les habitants et pour ce faire, un système démocratique adapté doit être repensé en permanence.

Téléchargez le mémoire

L’écoute des acteurs qui traitent la « rupture sociale »

Pour le Conseil de développement, l’écoute de ces acteurs est essentielle afin de dresser un portrait de la misère sociale. L’audition
des responsables de grandes associations locales a permis de mettre en lumière la misère économique mais aussi éducative, affective, médicale. Face à cette situation qui se dégrade, les élus doivent être alertés afin de soutenir des associations devenues des « soupapes » de la stabilité sociale.

Les jeunes et la ville idéale

Pour les jeunes générations, la ville idéale s'apparente en quelque sorte à une « ville familiale ». La ville qu’ils dessinent n’est pas une mégapole mais une ville-village faite de grands quartiers bien équipés. C’est une ville solidaire qui véhicule la valeur du partage. Ils souhaitent également une ville de la proximité où tous les services sont à portée de main, une ville où tout en bénéficiant d’une protection collective on peut exercer sa liberté individuelle. Ils expriment un désir de « ville lente » dans laquelle la vitesse n'est pas nécessairement une valeur moderne. Ils recherchent « un peu de bonheur  » avec un modèle familial assez traditionnel, celui du couple avec enfants.

Et beaucoup d'autres pistes de réflexion qui témoignent de la forte mobilisation du conseil de développement…

Le Conseil a ouvert de nombreux autres chantiers sur lesquels les réflexions se poursuivent :

  • l’émergence d’une société de plus en plus numérisée : figurant parmi les premiers soutiens du mouvement de l'open data, le Conseil insiste sur « la nécessaire anticipation des bouleversements induits par l'irruption du numérique dans les politiques publiques » ;
  • l’importance grandissante des médias d’information dans l’espace de vie et d’activités : le Conseil veut affirmer le principe
  • selon lequel "il n'y a pas de territoire attractif sans médias forts" et en faire un des axes de l'attractivité du territoire ;
  • l’investissement dans l'accueil et l'éducation de la petite enfance : selon les membres du Conseil de développement, c'est un axe essentiel pour l'avenir et l'attractivité du territoire ;
  • la santé dans le territoire : cela concerne autant l'activité physique par le sport que l'accès aux soins ou encore l'alimentation ;
  • le sport et le territoire : le Conseil insiste également sur « une meilleure prise en compte des questions sportives, trop souvent oubliées selon lui, en matière de prospective territoriale ». Il plaide pour un grand projet sportif à l'horizon 2030, appuyé sur trois axes : la santé, la régulation du haut niveau et de nouveaux équipements.
  • « la veille citoyenne » : le Conseil est également attentif aux initiatives et projets de toute nature développés par des associations ou groupes de citoyens désireux de participer au développement de leur ville (Transbordés, À la Nantaise, promoteurs du transport par câble…). Cette « veille citoyenne » lui semble être une des conditions de la réussite d'une démarche qui doit permettre de « fabriquer du commun » et ainsi passer de « ma ville demain » à « notre ville demain ».

L’investissement dans la petite enfance est aussi important pour l’avenir, voire peut être plus, que celui qui est conduit pour l’enseignement supérieur.
Note de synthèse d’avril 2011 du Conseil de développement, La démarche métropolitaine « Ma Ville Demain » et le Conseil de développement

Afficher l'objectif de santé comme celui de l'emploi ou des équipements n'est pas l'énonciation d'une simple évidence mais, au contraire, une originalité en matière de politiques publiques locales.
Note de synthèse d’avril 2011 du Conseil de développement, La démarche métropolitaine « ma ville demain » et le Conseil de développement

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