Les réunions publiques

Six mois de mise en mouvement ont été indispensables pour faire connaître Ma Ville Demain, inventons la métropole nantaise de 2030. Une centaine de réunions publiques, de présentations devant des instances de démocratie participative, d’interventions à l’occasion de temps d’échanges et de réflexions : autant d’opportunités pour que les élus et l’Agence d’urbanisme expliquent et interpellent, autant d’occasions pour recueillir, faire partager les remarques et identifier les questions d’avenir.

Informer sur la méthode

Les réunions ont d’abord été l’occasion d’expliquer le sens du projet.

Bien que les documents de planification et les stratégies ne manquent pas (comme le programme local de l’habitat, le plan de déplacements urbains, les plans locaux d’urbanisme ou le schéma de cohérence territoriale), la nécessité de définir collectivement
un nouveau cap pour la 6e agglomération française est très largement partagée
. C’est plutôt l’articulation entre les projets en cours et une démarche qui imagine la ville dans 20 ans qui pose question. Sans mettre en suspens les décisions sur les grandes infrastructures d’une agglomération qui ne va pas attendre 2030 pour accompagner son développement, le projet métropolitain a surtout vocation à proposer une vision cohérente de ce que le territoire devra offrir dans 20 ans à ses habitants et à ses entreprises, des services de la vie quotidienne aux grands projets.

Autre objet d’interrogation de la part des participants : la prise en compte de toutes les échelles. Les habitants distinguent aisément commune et communauté urbaine, sans pour autant mettre en doute la nécessité de poursuivre la mise en commun et de créer encore plus de solidarité à l’échelle du bassin de vie. Ils voient le projet métropolitain comme une nouvelle étape de l’histoire intercommunale, comme un moyen de mieux prendre en compte les besoins de la vie quotidienne et les territoires de vie. Pour autant, de nombreux participants questionnent les périmètres institutionnels : qu’est-ce qu’une métropole ? Comment envisager les questions de déplacements, d’économie, d’enseignement supérieur en intégrant à la réflexion les agglomérations voisines ? Pour être complet, le projet de territoire devra proposer des orientations du quartier au Grand Ouest.

Finalement la plupart des personnes trouvent important, au regard de l’évolution des modes de vie et des comportements, de définir une stratégie dans le temps. Malgré la crise, qui pourrait peut-être conduire à se replier sur l’immédiat et l’urgent. Malgré la difficulté à se projeter dans 20 ans. Pour les participants, la principale difficulté est méthodologique : comment prendre en compte les propositions tout en parvenant à définir un projet commun ? C’est tout le rôle de l’Agence d’urbanisme de la région nantaise qui a en charge le traitement et l’analyse des contributions. Ma Ville Demain, inventons la métropole nantaise de 2030 est originale car elle met l’accent sur la dimension participative, avec l’appui des communes, tout en conduisant une réflexion prospective, grâce à l’apport d’experts et à l’aide de groupes de travail : prendre en compte les paroles, montrer à quoi sert chaque contribution, rendre compte de ce qui s’est dit et en même temps éclairer, apporter de l’information et proposer des options possibles.

Aux dires des personnes sensibilisées, l’exercice est ardu, ambitieux et intéressant. Ardu, surtout qu’il ne faut oublier personne. Nombreux sont les participants qui souhaitent que chacun, et en particulier les jeunes et ceux que l’on n’entend pas, puissent s’exprimer. Ambitieux et intéressant, car la démarche suscite l’envie.

Dans le cadre des Assises métropolitaines de la politique de la Ville, à l’occasion de l’atelier consacré à Ma Ville Demain, l’animateur a posé aux participants (environ une centaine) la question suivante,14/08/11 :
Associer les habitants à la réflexion prospective :

  • est-ce indispensable ? 40 personnes lèvent la main
  • est-ce complexe ou compliqué ? 42 personnes lèvent la main
  • est-ce inutile ? personne ne lève la main
  • est-ce risqué ? 2 personnes lèvent la main

Conseil municipal du Pellerin, 9/06/11 :
«  Quelle forme du projet ? Quels objectifs ? Qui l’adopte ? » Un élu

Un échange lors de la séance plénière du Conseil de développement, 2/11/10 :
– « Comment les grands projets qui se réaliseront à l’horizon 2015-2020, comme le nouveau CHU, le transfert du MIN, les évolutions de la plateforme Nantes Atlantique, seront-ils pris en compte dans la réflexion ? Peut-être qu’une cartographie des réserves foncières de l’agglomération aiderait à se projeter » demande un membre
– « Les débats ne vont-ils pas faire évoluer les grandes options d’aménagement qui sont prises ? » demande un membre
– « La réflexion prospective ne décide rien, elle propose. Elle pourra effectivement évoquer les espaces à enjeux sur le territoire de l’agglomération ou l’évolution de la logistique urbaine ou de la façon de se soigner. Ma Ville Demain ne peut cependant pas se substituer aux débats publics sur chacun des projets. De plus, si le projet de territoire fixera les grandes orientations pour les 20 ans qui viennent, des décisions se prennent et la métropole ne s’arrête pas pendant ce temps. » Répond l’Agence d’urbanisme de la région nantaise

Un échange lors de la réunion publique de Basse-Goulaine, 1/03/11 :
– « Pour répondre aux questions et imaginer l’avenir du territoire, faut-il que je me positionne en tant qu’habitant de Basse-Goulaine ou de l’agglomération ? Les réponses ne sont pas forcément les mêmes selon le point de vue que l’on adopte… » demande un habitant
– « Chaque commune garde sa spécificité mais doit accepter d’évoluer. Basse-Goulaine est pavillonnaire, mais il faut accepter le dynamisme de l’agglomération et prendre en compte ce contexte dans les décisions d’urbanisation. » Répond le maire

À la réunion publique de Saint-Sébastien-sur-Loire, 27/01/11 :
« Avoir le sens de l’intérêt général, au-delà de la commune. » un participant
« Chacun a sa vision idyllique de la ville… des contraintes irrationnelles à intégrer… Il faut bien cadrer la démarche. » un participant

Assises de l’Agenda 21 de Nantes Métropole, 8/04/11
« Avec la démarche Ma Ville Demain, on passe d’une démocratie participative à une démocratie collaborative. Il serait intéressant que la fin du projet, en 2012, soit le début de quelque chose et non la fin. » un participant

Interroger sur les enjeux

Après le préambule méthodologique, les citoyens, acteurs et collectifs sensibilisés entrent très vite de plain-pied dans la réflexion ; deux sujets ont été très fréquemment abordés lors des différentes réunions.

Un projet de territoire, c’est d’abord un projet urbain

L’aménagement de l’agglomération est en effet un enjeu fondamental pour les participants. Ils expriment très clairement le lien entre développement de la métropole et bien-être de ceux qui y vivent. Renforcer l’attractivité ? Seulement si cela se fait au bénéfice des habitants. Accompagner la croissance démographique des villes ? À condition d’en anticiper les conséquences comme la gestion des déplacements, l’augmentation des coûts, notamment du logement, la consommation des espaces et de l’énergie, le risque de pertes de valeurs (aggravation des inégalités, place de l’individu dans le fonctionnement de la métropole…).

On ressent donc une attente à penser la ville dans son ensemble, en intégrant toutes les dimensions de la vie ; une métropole qui intègre mobilité, répartition des emplois et de l’habitat, qualité architecturale dans son aménagement. À noter des remarques plus particulières des citoyens engagés et des professionnels de l’immobilier et de l’urbanisme sur les logements (répondre à l’aspiration à la maison individuelle en faisant évoluer les formes d’habitat) et sur les nouvelles polarités de l’agglomération demain (où seront les projets ? Quels espaces feront l’objet de construction-réhabilitation ? Quels seront les axes de développement ?).

L’avenir de la métropole, c’est aussi la poursuite du dynamisme économique

Le développement ? Oui, s’il permet à tous d’avoir un emploi. Là encore, le défi est de taille ; répondre aux évolutions de l’économie
(financiarisation, désindustrialisation), tout en garantissant à chacun l’accès à la formation et à l’emploi, la conciliation entre vie professionnelle et personnelle. Si les enjeux sont globaux (lutte contre la précarisation, égalité de l’accès à l’emploi, amélioration des conditions de travail, partage de la richesse), une métropole équitable, protectrice et facilitatrice (déplacements domicile travail aisés, offres de garde d’enfants…) relève, elle, du possible.

Un échange lors de la réunion publique de Rezé, 15/03/11 :
– « Il faut réfléchir à la notion d’attractivité car actuellement la seule région attractive en France est la région parisienne. L’agglomération nantaise doit être capable d’accueillir, de loger, de former, d’offrir du travail. Une école, un toit, et un emploi, ce sont les enjeux fondamentaux pour l’avenir. » demande un participant
– « Je n’ai pas envie que l’attractivité du territoire soit un objectif même si l’agglomération nantaise peut l’être par elle-même. Il serait intéressant de réfléchir à de nouveaux marqueurs de réussite, notamment des indicateurs de bonheur. » demande un habitant
– « Il ne s’agit pas d’être ambitieux pour être bien vu dans le monde. Le Produit intérieur brut (PIB) n’est ni un indicateur de bien-être ni de bonheur, mais on sait que sans emploi, on n’est pas heureux. La question du bonheur ne peut pas faire l’impasse sur les questions relatives à l’emploi et au logement. » répond l’Agence d’urbanisme de la région nantaise

Un membre du Conseil des Sages de Couëron, 9/05/11 :
« La question de la désindustrialisation n’est pas propre à l’agglomération mais c’est un risque réel, notamment lorsque l’on voit le développement du secteur tertiaire. C’est aussi le risque de perte de savoir-faire comme par exemple certains métiers liés aux chantiers navals. Nous pouvons déplorer ces évolutions mais nous devons être conscients que nous sommes nous-mêmes porteurs de cette  contradiction. Je suis pour la réindustrialisation mais mes propres enfants ont suivi des formations tournées vers des métiers tertiaires. »