Les agents du service public

La fois habitants, observateurs et acteurs privilégiés de l’action publique, les agents des collectivités territoriales connaissent très bien le territoire sur lequel ils travaillent, les aspirations des habitants et les pistes d’innovation. Aussi, les 24 maires de l’agglomération ont souhaité que l’ensemble des professionnels du service public puissent s’exprimer pleinement à l’occasion du projet de territoire.

Ce que Ma Ville Demain suscite chez les agents du service public local

Majoritairement intéressés par les enseignements et la vision globale que permet une réflexion prospective et participative, les agents des collectivités émettent des conditions de réussite pour le nouveau projet métropolitain.

  • Les défis d’avenir sont souvent des enjeux mondiaux ; pour rester modestes, pour pouvoir proposer des solutions concrètes pour demain, les professionnels des collectivités sollicités préfèrent s’attacher aux leviers locaux. La première exigence pour construire ce nouveau projet de territoire est de distinguer les tendances qui seront subies de celles sur lesquelles on pourra agir à notre échelle.
  • Autre posture nécessaire pour imaginer le futur de l’agglomération : prendre en compte l’histoire et l’identité de la métropole nantaise. Les enseignements du passé et les valeurs d’un territoire sont des piliers importants pour l’avenir.
  • Écouter les habitants mais pas seulement. Les besoins et les attentes de l’ensemble de la population qui vit sur le territoire, sans forcément y habiter, paraissent incontournables pour les agents du service public ; c’est le cas de certains salariés, des touristes, des gens de passage. Cette réflexion renvoie aussi à la solidarité territoriale et à l’offre de services et d’équipements de la métropole pour tous ceux qui la fréquentent.
  • Les évolutions institutionnelles sont souvent évoquées à l’occasion des échanges autour du nouveau projet de territoire. La mise en oeuvre des orientations issues de Ma Ville Demain sera aussi liée à la répartition des compétences entre collectivités. Cette référence à la réforme territoriale interroge en réalité plus généralement les difficultés de l’action publique locale, à la fois proche des habitants, à l’échelle du quartier, et stratégique, en prenant en compte toutes les échelles et les grands territoires. Cette question renvoie également aux enjeux liés à l’autonomie des collectivités territoriales, aux contraintes qui pèsent sur les budgets publics et qui conduisent fréquemment à un arbitrage entre niveau de fiscalité et qualité du service public.
  • Enfin, les changements des modes de vie sont une porte d’entrée intéressante pour réfléchir à l’évolution des métiers du service public et aux pratiques.

Séminaire des cadres de Nantes Métropole et de la Ville de Nantes, 15/02/11
« Il y a deux questions fondamentales dans la prospective. D’une part, les flux migratoires, à l’échelle européenne et internationale. On ne peut pas réfléchir “ sur notre île ” ni nier ce que peut être l’aspiration des migrants à l’épanouissement pour soi et pour sa famille. Toutes les barrières institutionnelles et réglementaires ne suffiront pas ; on aura aussi à gérer ce phénomène. D’autre part, il faut prendre en compte le scénario de paupérisation des collectivités qui auront malheureusement des choix à faire entre attractivité et cohésion sociale. Ne serait-ce pas aussi l’occasion de reposer les termes du contrat social ? Quelle tolérance à l’impôt les citoyens sont-ils capables d’accepter ? Quel curseur entre le modèle anglo-saxon et le modèle suédois ? »
un participant

Conférence des directeurs généraux de services de l’agglomération, 20/04/11
« Dépasser la frontière ténue entre prospective et évaluation. Pour cela, la rétrospective permettrait de prendre du recul. L’étude de ce qui se faisait permettrait aussi de prendre en compte les bonnes idées oubliées. » un participant
« Une histoire des prospectives locales serait par elle-même enrichissante ; il faudrait par exemple relire les travaux de projection du Port autonome dans les années 1980 et 1990 ou encore les études de projections. » un participant

Direction de la relation aux usagers de la ville de Nantes
« 100 000… c’est le nombre des habitants qui pourraient venir accroître significativement la population de l’espace métropolitain en vingt ans.
A lui seul ce chiffre considérable illustre les défis à relever à l’horizon 2030 : Quelle évolution de nos services publics de proximité face à cette augmentation importante du nombre d’usagers ? Quelle évolution de la relation de notre institution à l’ensemble de ces usagers ? Quelle incidence sur l’action locale du formidable bond technologique que représente l’appropriation massive d’internet par les usagers ? Quelle incidence sur la gouvernance locale de la participation assumée et grandissante des citoyens-usagers à l’offre de services ? [...]
Nul ne pouvait prédire en 1990 la formidable transformation économique et sociale qu’instaurerait Internet qui n’en était alors qu’à ses balbutiements. De même, nul ne peut prédire actuellement ce qu’une tendance indécelable ou un phénomène mineur constitueront comme éléments de changements majeurs dans l’avenir. Un avenir à envisager donc sans naïveté, mais sans inquiétudes infondées en osant éclairer par des questions peut-être impertinentes les transformations majeures qui s’accomplissent sous nos yeux. » contribution collective

Une perception accrue des enjeux liés à l'aménagement du territoire et à la cohésion sociale

Les agents du service public, dont plus de deux cents ont travaillé, dans différentes collectivités, sur la base du questionnaire Quelles questions pour l’avenir ?, posent les termes du débat de façon encore plus forte que les habitants.

  • Ils présentent tout d’abord une sensibilité très forte en tant que citoyens, usagers et professionnels de la ville aux questions d’aménagement du territoire. Les points forts de la métropole nantaise les plus cités sont la nature en ville, le potentiel que représentent les espaces fonciers disponibles dans le coeur d’agglomération, l’équilibre entre espaces bâtis/espaces naturels/activités, et l’organisation du réseau de transports en commun. Ils érigent même parfois comme des valeurs la ville équilibrée, la ville souple, la métropole à taille humaine, la conscience de l’attachement à la préservation du capital vert. Parallèlement, ils évoquent massivement les difficultés liées au phénomène de périurbanisation (coût des logements, lien habitat-emploi, saturation des infrastructures de transports, liées notamment aux trajets nord-sud et intra-extrapériphériques). Aussi, parmi les chantiers prioritaires ressort très fortement la forme de la ville : les agents territoriaux citent particulièrement l’innovation en matière d’offre de logement, la réduction de l’empreinte écologique de la ville, la gestion des flux de toutes natures (les déplacements mais aussi la gestion des déchets dans la ville).
  • Les agents du service public sont également extrêmement attachés au soin porté à tous et notamment aux plus faibles ; s’ils soulignent que notre agglomération permet cette attention pour chacun (la solidarité et le vivre ensemble sont aussi souvent cités que le consensus et l’intérêt collectif dans les valeurs du territoire), ils ne manquent pas de lister les défis. Le premier enjeu cité pour demain est celui de la cohésion sociale avec la mise en oeuvre de la mixité, la prise en charge d’une société vieillissante, la nécessité de créer du lien entre toutes les catégories socio-professionnelles sachant qu’émergent aujourd’hui des points faibles comme le manque d’anticipation dans la prise en charge de la dépendance, et la capacité de financer notre modèle social.

Face aux défis, quels sont selon vous les chantiers prioritaires à engager à l’échelle de l’agglomération ?
« Éviter l’anarchie de la densification. »
« Gérer la fin de vie. »
des participants au séminaire de travail des cadres de la commune d’Orvault, 12/04/11
« La maîtrise de la pression financière, la mixité des logements, les sorties
aux activités novatrices, l’implication des acteurs locaux dans l’espace
public local.
« Ne pas manquer le train de l’innovation technologique. »
des agents de Rezé répondant au questionnaire

Quelles sont les valeurs qui pour vous caractérisent le territoire et la métropole et devraient être conservées pour l’avenir ?
« Assurer une ville accessible à toutes les catégories sociales, être vigilant sur la qualité de vie, l’environnement, les temps dans la ville, les moments et lieux de rencontre. »
un agent de Rezé répondant au questionnaire
« Il faut penser l’après-pétrole et l’ensemble de ses conséquences : fabrication des batteries des véhicules électriques, approvisionnement des villes. On fabrique de l’urbain sans résistance aux manques de carburants. »
un participant au séminaire des cadres de Nantes Métropole et de la Ville de Nantes, 15/02/11

Une forte confiance en l'action publique aujourd'hui, une exigence d'équité et d'excellence pour demain

Quelle que soit leur collectivité, les agents du service public reconnaissent la qualité des actions conduites depuis quelques années sur le territoire ; par exemple, l’audace culturelle et la préoccupation environnementale, régulièrement citées comme des points forts de l’agglomération nantaise, sont directement liées aux politiques publiques locales. Ils font preuve d’une confiance très forte dans les élus et le service public ; apparaissent également comme des points forts la capacité à porter des politiques dans la durée et l’offre de services publics. De même, continuité, attention apportée aux usagers, capacité des collectivités à travailler ensemble sont très fréquemment citées dans les valeurs.

Tout comme les habitants, les agents du service public expriment des attentes qui peuvent apparaître comme contradictoires,
entre préservation du cadre de vie et développement métropolitain : il est nécessaire de préserver une agglomération
tout en soutenant le dynamisme démographique et économique. Les enjeux les plus cités sont à la fois l’ambition, la nécessité d’atteindre le seuil critique pour être visible et attractif et la conservation des équilibres. Pour autant, les professionnels des collectivités évoquent des solutions pour résoudre ces tensions : réinterroger le développement au profit de tous, préférer prendre en compte le développement humain et qualitatif plutôt que le seul critère de la croissance, savoir prioriser et viser l’excellence.

Séminaire des cadres de Nantes Métropole et de la Ville de Nantes, 15/02/11
« On part du principe que l’on sait ce qu’est la qualité de vie ; mais, avant tout, il est nécessaire de s’interroger sur la définition de ce qu’est la qualité de vie. » un participant

Quelles sont les valeurs qui pour vous caractérisent le territoire de la métropole et devraient être conservées pour l’avenir ?
« Une ville provinciale à taille humaine, ambitieuse, adaptable, avec une ouverture d’esprit. »
un participant au séminaire des cadres de la commune d’Orvault 12/04/11
« La sincérité. Le goût du travail bien fait. Le respect mutuel. » un agent de Rezé répondant au questionnaire