7. Vivre sa ville : en collectif ou en solo ?

Construire un projet collectif n’est pas la somme de projets individuels, mais celui au sein duquel chacun peut s’épanouir en toute sécurité. Néanmoins, dans nos sociétés, la montée de l’individualisme met de plus en plus l’accent sur l’épanouissement individuel et de moins en moins sur le bien-être collectif.

Ce que vous nous avez dit

(Enquête, entretiens, réunions, commentaires des internautes… réalisés lors de la première étape de "mise en mouvement" de Ma Ville Demain)

En grande majorité, les habitants sont heureux de vivre dans l’agglomération nantaise puisque seulement 12 % souhaiteraient vivre autre part et 37 % estiment qu’il leur est plus facile ici qu’ailleurs de concrétiser leur projet, qu’il soit professionnel, personnel ou collectif.

Si leurs attentes se centrent sur le besoin de sécurisation dans tous les domaines (économique, social, environnemental, délinquance…), le besoin de rencontres se fait lui aussi très fortement sentir. Besoin de rencontres au sens premier du terme, d’où l’importance des espaces publics et des commerces de proximité qui, en plus d’être utiles et agréables, doivent redevenir des lieux d’expressions, de rencontres et d’échanges. Ces lieux font partie des éléments qui symbolisent le plus souvent leur quartier pour les habitants.

Mais aussi besoin d’aller vers l’autre. Ainsi, plusieurs internautes proposent d’innover dans l’usage de l’habitat, avec la création de logements intergénérationnels qui accueilleraient des étudiants, des actifs, des anciens… 70 % des habitants estiment que l’agglomération nantaise est un territoire solidaire, 61 % mettent en avant l’importance de la qualité des relations avec les voisins et 64 % la présence de lieux pour faire la fête.

Preuve de leur attachement au bien vivre ensemble, la dégradation des relations humaines, et la perte de toutes les mixités (sociales, générationnelles, des pratiques) seraient en effet les menaces les plus dangereuses pour les habitants. La qualité de vie mêle aussi étroitement individuel et collectif puisque les premiers critères qui concourent à l’épanouissement personnel et professionnel des habitants et de leurs familles sont la performance des transports collectifs, la qualité de leur cadre de vie, une vie pas trop chère et des logements accessibles et de qualité, une vie culturelle riche et diversifiée. Les notions de sécurité sont aussi abordées dans le questionnaire. Naturellement, on pense à la sécurité pour sa famille (19 %), son avenir, et aussi celle des autres. Cela répond à l’attachement des habitants aux valeurs humanistes de solidarité et de partage (citées spontanément par 45 % des habitants).

La plupart des acteurs interrogés insistent sur l’existence d’une certaine diversité sociale aujourd’hui, et sur l’importance de la préserver, voire de la renforcer. Mais beaucoup pensent aussi qu’elle commence à être de plus en plus attaquée, notamment avec l’augmentation des prix (des logements, des locaux commerciaux…), particulièrement dans le coeur de l’agglomération.

Le contexte, du local au national

L’agglomération nantaise fait partie des grandes villes françaises les moins inégalitaires (rapport de 1 à 4 entre les revenus des plus aisés et des plus pauvres, de 1 à 7 dans les autres agglomérations), même si 14 % des ménages de l’agglomération vivent sous le seuil de pauvreté.

L’agglomération, qui a toujours été un territoire jeune, avec 24 % des habitants entre 15 et 29 ans, se rapproche aujourd’hui de la moyenne nationale (19 %). À l’horizon 2030, un tiers de la population aura plus de 60 ans et plusieurs générations devront vivre ensemble dans la ville.

Par ailleurs, la proportion de personnes seules progresse (25 % dans les années 1980 et 39 % aujourd’hui) et 20 % des habitants considèrent que leurs relations de voisinage sont inexistantes. Face à la diversité des situations des habitants, le territoire doit pouvoir offrir une variété de logements dans tous les quartiers. La part des logements sociaux dans les différentes communes de l’agglomération varie de 2 à 26 %, avec une moyenne de 18 %. Pluralité des besoins et des modes de vie, pour autant, des lieux et des pratiques permettent de favoriser le vivre ensemble.

La forte présence d’espaces publics (plus de 20 % du territoire de l’agglomération), un réseau performant de transports collectifs (15 % des déplacements quotidiens s’effectuent en transport en commun contre 11 % dans les autres métropoles françaises), et une offre de services collectifs (loisirs, sport, éducation) traduisent la volonté de construire un bien-être commun. Rappelons en outre que parmi les 600 000 habitants, 52 % sont ou ont été adhérents à une association.

Mais l’un va-t-il sans l’autre ? Différentes enquêtes montrent que la qualité de vie mêle étroitement individuel et collectif : elle concerne la vie privée (liens familiaux, qualité du logement…), l’environnement immédiat (le cadre de vie, la facilitation de la mobilité, les services à la vie quotidienne…) et l’univers social (sentiment d’appartenance dû au lien affectif entre l’habitant et son milieu, convivialité qui peut naître des relations de voisinage).

Ainsi, les tendances à l’oeuvre  aujourd’hui peuvent paraître contradictoires : elles demandent de concilier la volonté de l’homme d’exister en tant qu’individu autonome tout en développant les contacts. Ces paradoxes sont connus : la majorité d’entre nous souhaite pouvoir sortir et consommer le dimanche, mais qui souhaite vraiment travailler ce jour-là ? Nous apprécions tous de sortir et nous divertir le soir, mais personne n’aime être réveillé en pleine nuit par les bruits de la rue. Tout le monde est d’accord pour que la ville ne s’étende pas mais en même temps l’arrivée de logements ou d’activités à côté de chez soi pose souvent problème.

Quelles alternatives pour notre territoire ?

La tentative de conciliation entre les aspirations individuelles et l’intérêt général est au fondement de notre société. Nous serons quoiqu’il arrive beaucoup plus nombreux en 2030, avec des aspirations et des pratiques culturelles multiples. Dans ce contexte, à quoi doivent servir les espaces et les lieux publics ? Quelle animation de la ville, quelles règles d’usage, quelle sécurité pour tous ?
Faut-il se diriger vers une agglomération ultra-régulée et tranquille au risque de porter atteinte aux libertés individuelles et d’exclure, ou faut-il laisser chacun faire ce qu’il veut ? Quels lieux créer ou aménager, quels comportements individuels et collectifs pour favoriser la vie publique, les échanges, les rencontres, la créativité, au quotidien comme lors de grandes occasions ?

Pistes de débats…

Quelle intégration des nouveaux arrivants quels qu’ils soient ?
Quel urbanisme pour permettre la spontanéité et la créativité dans la ville ?
Qu’est-ce qu’une métropole multiculturelle ?
Comment développer une offre culturelle, sportive et de loisirs susceptible de convenir à l’épanouissement de chacun ?
En 2030, la diversité sera-t-elle une réalité ou un objectif ?
Internet et le lien social, menace ou opportunité ?
Faut-il créer des lieux pour se rencontrer ?
Comment faire de la diversité culturelle une force et pas un vecteur de repli sur soi ?

Le saviez-vous ?

graphe représentant les différents temps de la vie d'un individu répartis sur 24h

Les contributions

2030, pédibulation d'automne

9h pile. Roukia avait rencontré Clément, son voisin du dessus, au moment où elle fermait la porte de son petit T2 et comme d’habitude, ils étaient restés bavarder à l’entrée de l’immeuble en oubliant l’heure. En congé parental pour encore 2 mois, c’est surtout Clément qui entretenait le potager et le poulailler de la copropriété. Roukia avait du mal à se baisser et ne pouvait plus trop aider ses voisins au jardin, sauf pour la taille des rosiers. Ce matin, il avait besoin de conseils pour les semis de petits pois. La vieille femme lui avait rappelé que s’ils voulaient tous déguster son fameux tagine aux fèves et aux citrons confits à la prochaine fête des voisins, c’était aussi la période pour semer les fèves.

9h14. Roukia était arrivée à l’heure à son arrêt. De justesse et essoufflée, mais à l’heure. A l’angle de la rue, elle avait aperçu au loin le gilet de sécurité routière de Mme Bourgeon et avait hélé le groupe qui s’apprêtait tout juste à repartir. Le temps de dire bonjour à tout le monde et le groupe avançait à nouveau en direction du marché. Même si le rythme de marche était adapté à la vieille dame qu’elle était devenue, le prochain arrêt de pédibus était à 9h20 et il ne fallait pas lambiner. Elle avait donc préféré placer son petit chariot de courses dans le chariot à grosses roues de Mme Bourgeon pour ne pas trop se fatiguer. Fourni par l’association qui employait la conductrice, ce pedicab professionnel était isotherme et pouvait transporter une dizaine de paniers et jusqu’à 5 chariots comme celui de Roukia. Malgré son volume, Mme Bourgeon parvenait très bien à le diriger et montait sur les trottoirs facilement. Elle bloquait les freins de son pedicab dès que quelqu’un rencontrait des difficultés avec son petit chariot ou son cabas et lui venait en aide.

Depuis qu’elle utilisait le service de pédibus pour se rendre au marché, Roukia s’était fait 4 nouveaux amis et de nombreuses autres connaissances dans le quartier. Elle aimait surtout retrouver Chantal qui avait la langue bien pendue et qu’il la faisait souvent rire. En revanche, il était temps qu’elle change de chariot à roulettes ! Il y avait aussi Pierre, qui était vaillant, courtois et parfois un peu dragueur. Il ne manquait jamais une occasion d’aider toutes ces dames à descendre les 3 marches à côté du square et fournissait des idées de menus à qui manquait d’inspiration.

Arrivés en bas du boulevard à l’arrêt de 9h27, il manquait Françoise. Ce n’était pas dans ses habitudes et c’est ce qui chiffonnait tout le monde. Elle n’avait pourtant prévenu personne qu’elle devait s’absenter ou qu’elle n’avait pas besoin de faire de courses cette semaine. Après sa tournée, Mme Bourgeon passerait donc chez elle pour vérifier que tout allait bien.

Un peu après 9h30, ils arrivaient tous au marché et entamaient leurs achats. Passage aux toilettes sèches publiques au préalable pour ceux qui le souhaitaient. Roukia avait ses habitudes dans son marché de proximité. Dans l’ordre, elle faisait la queue chaque semaine chez son petit maraîcher, chez son tripier, chez le crémier et chez le poissonnier. A l’occasion, elle achetait quelques pâtisseries marocaines à une jeune fille qui les réussissait presque aussi bien qu’elle du temps où elle en préparait encore. De son côté, Mme Bourgeon accompagnait toujours quelques personnes à passer commande, à choisir des bons produits pas trop chers ou à préparer leur monnaie pour régler leurs achats.

Une fois ses courses achevées, Roukia s’était dirigée vers le scribobus. Elle avait besoin de trouver des artisans et de leur envoyer des demandes de devis pour des menus travaux dans son appartement. Elle devait télécharger une attestation de sa caisse de retraite. Il fallait également qu’elle se charge de remplir et compléter le formulaire de déclaration d’accident sur le site de son assureur pour ses lunettes cassées. Seulement, elle ne savait pas du tout comment s'y prendre. Il y avait 2 personnes devant elle, mais elle n’avait pas attendu longtemps. Le webscribe qui l’avait reçue devait être nouveau, elle ne se rappelait pas l’avoir déjà aperçu. Il ne parlait pas toujours assez fort pour elle, mais il avait traité efficacement toutes ses demandes.

Ce n’est pas qu’elle était fâchée avec Internet. Elle avait d’ailleurs une tablette avec une connexion à son domicile et s’informait essentiellement par ce moyen. C’est seulement que ça n’était plus de son âge ! Elle avait eu tendance à solliciter un peu trop sa fille pour toutes ses recherches et démarches administratives sur Internet. Elle l’aidait bien sûr, mais ça ennuyait Roukia de l’embêter pour toutes ces broutilles alors qu’elles avaient peu l’occasion de se voir et de discuter. Et puis les webscribes étaient là pour ça et ils comprenaient tout de suite ce dont elle avait besoin.

Vers 10h15, elle avait fini tout ce quelle avait à faire et en avait profité pour s’arrêter au kiosque écouter une association de théâtre qui faisait une lecture de poèmes. A 10h30, au point de rendez-vous, Mme Bourgeon avait placé dans son pedicab les cabas et les chariots pleins de ceux qui ne pouvaient les porter ou les pousser au retour. A 10h37, après avoir écouté la façon dont Pierre allait préparer son risotto de potiron et châtaignes, l’équipe de marcheurs avait pris le chemin du retour.

12h. Chantal avait accepté l’invitation à déjeuner de Roukia. Les deux femmes avaient mangé de bon appétit et avaient poursuivi leur discussion en allant s’asseoir dans les fauteuils moelleux du petit salon. A 14h15, après s’être accordées ½ heure de sieste, elles allaient toutes les deux retrouver Maria et Eliane à la piste municipale de boules nantaises pour s’affronter pendant quelques parties.

Le vendredi n’était jamais très reposant pour Roukia, mais c’était de loin son jour de la semaine préféré.

Soizic, Nantes, le 14/11/2011 00:24

Le service public joue le jeu de la contribution collective à Ma Ville Demain ! Découvrez ces deux photomontages (idéal et cauchemar) réalisés par un groupe d'agents de la Ville de Nantes !

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mis en ligne par l'équipe Ma Ville Demain, Nantes, le 16/11/2011 10:07

Les deux sont conciliables. Il y a bien des associations aussi. Il faut savoir s'aider soi avant de demander l'aide aux autres aussi.

MARCCO, nantes, le 28/11/2011 18:24

Une question qui intéresse tout particulièrement les agents de service public de Nantes Métropole. Découvrez leur contribution !

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mis en ligne par l'équipe Ma Ville Demain, Nantes, le 02/12/2011 17:51

la réponse à la question 7 est pour moi : collectif !
et cela passe notamment, comme d'autres l'ont dit ici, par des lieux publics, des cafés, des espaces de quartier, où l'on peut s'installer, retrouver des amis ou échanger avec des inconnus, se connecter à internet, se faire couper les cheveux, changer son enfant..
j'imagine une ville où la puissance publique s'allie à des envies privées de faire vivre de tels lieux..

sandrine, nantes, le 09/12/2011 17:25

contribution d'un groupe du Conseil de Quartier Hauts-Pavés/St Félix

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Yvon, Nantes, le 16/12/2011 11:16

Découvrez la contribution du restaurant club du Clos Toreau!

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Mis en ligne par l'équipe Ma Ville Demain, Nantes, le 16/02/2012 13:04

La commune de Carquefou a réuni un groupe d'habitants volontaires pour plancher sur 2030. Au menu : circuits courts, solidarités, individuel et collectif, citoyenneté. A découvrir aussi dans les questions 2, 6 et 8

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Mis en ligne par l'équipe Ma Ville Demain, Nantes, le 01/03/2012 11:30

La commune de Carquefou a réuni un groupe d'habitants volontaires pour plancher sur 2030. Au menu : circuits courts, solidarités, individuel et collectif, citoyenneté. A découvrir aussi dans les questions 2, 6 et 8

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Mis en ligne par l'équipe Ma Ville Demain, Nantes, le 01/03/2012 11:30

La commune de Carquefou a réuni un groupe de femmes volontaires pour réfléchir à 2030. Voici leur contribution, autour de 4 questions. A retrouver aussi dans les questions 2, 3 et 4.

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Mis en ligne par l'équipe Ma Ville Demain, Nantes, le 01/03/2012 11:36